Un réserviste qui sert fidèlement pendant quinze ans et un autre qui enchaîne 370 jours de mission en quelques années peuvent recevoir exactement la même décoration, au même échelon. Ce constat surprend souvent les familles de réservistes qui découvrent la médaille des réservistes volontaires de défense et de sécurité intérieure au moment d’une remise officielle.
errière ce nom un peu long se cache un système de reconnaissance qui a fait un choix rare dans le monde des distinctions françaises : il refuse de trancher entre la durée et l’intensité de l’engagement.
Faut-il compter les années ou les jours pour obtenir un échelon ?
C’est sans doute la particularité la plus méconnue de cette distinction.
Un premier chemin, classique, valorise l’ancienneté : trois ans de réserve pour l’échelon bronze, dix ans pour l’argent, quinze ans pour l’or.
Mais un second chemin, propre aux réservistes opérationnels et aux réservistes civils de la police nationale, valorise l’activité réellement effectuée, indépendamment du nombre d’années écoulées : 37 jours de mission suffisent pour le bronze, 185 jours pour l’argent, 370 jours pour l’or.
Un réserviste très mobilisé peut ainsi atteindre l’échelon or bien avant d’avoir quinze ans d’ancienneté, ce qui explique pourquoi certains jeunes réservistes très engagés arborent parfois un échelon supérieur à celui de collègues plus anciens mais moins sollicités.
À ce titre, une médaille des réservistes volontaires de défense et de sécurité intérieure illustre bien la diversité des parcours qui mènent à une même distinction.
Que récompense la médaille des réservistes volontaires ?
Créée en 2019, cette médaille distingue la fidélité de l’engagement et les services rendus au sein de la réserve opérationnelle militaire, de la réserve civile de la police nationale ou de la réserve citoyenne. Elle s’adresse d’abord aux réservistes eux-mêmes, mais pas seulement : des agents publics qui œuvrent au profit de la réserve, ou des personnes ayant favorisé l’engagement de volontaires au sein d’une structure publique ou privée, peuvent également en bénéficier.
La médaille reconnaît donc autant l’acte de servir que celui de soutenir ceux qui servent, une nuance qui échappe souvent au grand public.
Pourquoi cette médaille a remplacé un dispositif vieux de 45 ans ?

Avant 2019, c’est la médaille des services militaires volontaires, instaurée en 1975, qui remplissait ce rôle. Pensée à une époque où la réserve se limitait presque exclusivement au cadre militaire, elle ne correspondait plus à la réalité d’une réserve élargie à la police nationale et à la réserve citoyenne, deux composantes qui ont pris de l’ampleur avec la création de la garde nationale.
Le décret du 1er juillet 2019 a donc remplacé l’ancien dispositif par une médaille pensée pour couvrir l’ensemble de ces engagements, tout en préservant les droits acquis par les anciens titulaires.
Qui peut prétendre à cette distinction en dehors des réservistes eux-mêmes ?
La médaille peut aussi être décernée à titre exceptionnel, en une seule fois et à l’échelon choisi, à un réserviste qui s’est particulièrement distingué par la qualité de ses services, ou qui a été blessé ou tué dans l’accomplissement de sa mission, dans un délai d’un an après les faits. Cette voie exceptionnelle rappelle que la médaille ne se limite pas à un compteur administratif : elle garde une fonction de reconnaissance immédiate, pensée pour des situations que ni les années ni les jours ne suffisent à mesurer.
Comment se reconnaît la médaille sur un uniforme ou une tenue civile ?
Le ruban, large de 37 millimètres, est de couleur bleu outremer traversé d’une bande médiane rouge foncé. L’échelon argent ajoute un liseré blanc, l’échelon or un liseré jaune, un code couleur qui permet d’identifier le niveau d’un porteur en un coup d’œil, sans avoir à consulter son dossier. La médaille elle-même reprend un profil de la République à l’avers et peut se porter aussi bien en uniforme qu’en tenue civile lors des cérémonies officielles, le ruban seul pouvant également être arboré au quotidien.
En acceptant deux logiques d’attribution, la médaille des réservistes volontaires évite un écueil classique des systèmes de récompense : celui de ne valoriser que la loyauté silencieuse ou, à l’inverse, que la disponibilité immédiate. Elle mesure les deux, sans les opposer. Une manière assez rare, dans les décorations françaises, de reconnaître qu’un engagement se construit parfois dans la durée et parfois dans l’intensité du moment.
